Portraits d'influences : les grandes figures qui ont façonné Montbéliard

28/11/2025

La dynastie des Wurtemberg : bâtisseurs et humanistes

Sous domination des comtes, puis ducs de Wurtemberg de 1397 à 1793, Montbéliard devient un creuset de Réforme, de sciences et d’arts. Plusieurs figures de cette lignée ont imprimé durablement leur empreinte sur la ville.

Georges de Wurtemberg-Montbéliard (1498–1558) : le réformateur luthérien

  • Son rôle : Premier prince du Saint-Empire à introduire la Réforme luthérienne à Montbéliard dès 1524.
  • Fait marquant : Il fonde le gymnase Jean-Baptiste (1538), un des plus anciens établissements scolaires protestants de France, qui a formé de nombreux savants et lettrés.
  • Héritage : Sous son impulsion, Montbéliard devient un important centre intellectuel et spirituel, attirant des humanistes européens comme Jean Calvin ou Oswald Myconius (Wikipédia).

Frédéric Ier de Wurtemberg (1557–1608) : l’âge d’or du développement urbain

  • Fait d’armes : Il ordonne la construction du château dans sa forme Renaissance actuelle et encourage l’édification de la « nouvelle ville » (actuelle rue de la Sous-Préfecture).
  • Vision socio-économique : Il met en place une multitude de manufactures (tannerie, draperie), contribuant très tôt à l’enracinement d’un savoir-faire artisanal local qui perdure dans l’industrie montbéliardaise moderne.

Des femmes engagées, parfois oubliées

Henriette d'Orbe (1387–1444) : la comtesse pionnière

  • Succession inédite : Héritière directe de Montbéliard, elle gouverne seule, de façon exceptionnelle pour l'époque, et assure le passage du comté à la Maison de Wurtemberg par son mariage en 1397 (Patrimoine de France).
  • Rôle social : Investie dans le développement urbain, elle protège les libertés communales et favorise la prospérité de la cité.

Anne de Wurtemberg (1561–1616) : mécène et protectrice des arts

  • Engagement culturel : Grande mécène de la Renaissance locale, elle encourage artistes et musiciens, modernise les institutions de charité et d’éducation pour les jeunes filles.
  • Anecdote : Sa correspondance avec des femmes humanistes allemandes témoigne de l’ouverture de la cour de Montbéliard aux idées nouvelles.

Les éclaireurs de la science : inventeurs et médecins

Jean-Claude Tissot (1742–1813) : chirurgien des Lumières

  • Profil : Médecin personnel du Prince de Wurtemberg, il fut l’une des figures médicales franc-comtoises les plus en vue au XVIIIe siècle.
  • Fait marquant : Précurseur en épidémiologie, il alerte sur la propagation de la variole ; ses analyses sont remarquées jusqu’à Paris, influençant les débats sur l’inoculation.

Georges Cuvier (1769–1832) : père de la paléontologie moderne

  • Naissance et formation : Né à Montbéliard, élève surdoué du gymnase local, il partira ensuite changer la science mondiale.
  • Réalisations :
    • Créateur de la paléontologie en définissant l’extinction des espèces (ouvrage Recherches sur les ossements fossiles, 1812).
    • Premier à dresser systématiquement la classification des animaux en embranchements, anticipant Darwin de plusieurs décennies.
    • Ses travaux à Paris inspirent les plus grands naturalistes européens (source : Britannica).
  • Anecdote : Il écrivit souvent à des correspondants restés à Montbéliard, revendiquant l’influence de sa ville natale sur son ouverture d’esprit et son goût du débat.

L’industrie, une marque montbéliardaise

Armand Peugeot (1849–1915) : l’automobile en héritage

  • Origines : Né dans une famille protestante montbéliardaise déjà engagée dans la mécanique (Peugeot fabriquait des scies dès la fin du XVIIIe siècle).
  • Pionnier : Il lance la première voiture à moteurs dans la région en 1891, ouvrant 500 emplois en 1900 à Montbéliard. D’ici à 1910, les ateliers Peugeot regroupent plus de 3 000 ouvriers dans l’Aire urbaine Belfort-Montbéliard-Héricourt-Delle (Groupe SEB, histoire de Peugeot).
  • Héritage social : L’organisation paternaliste et sociale de Peugeot laisse un héritage architectural et urbain (quartiers des Usines, cités-jardins) toujours visible.

Montbéliard, une éducation à la lumière des Humanités

Samuel Favre (1785–1861) : l’humaniste entre deux mondes

  • Profil : Professeur, penseur et bibliothécaire, il contribue à faire de Montbéliard un haut lieu de l’éducation républicaine après l’annexion à la France.
  • Impact : Il introduit l’instruction gratuite pour les enfants pauvres dans la première moitié du XIXe siècle, plaidant pour l’ouverture des bibliothèques populaires (Gallica).
  • Souvenir : Aujourd’hui, la salle Favre de la Médiathèque du Pays de Montbéliard rappelle son rôle fondamental.

Culture et rayonnement artistique

Jules Grosjean (1861–1926) : architecte du paysage urbain

  • Créations : Auteur de nombreux bâtiments publics de la région, il modernise Montbéliard à la Belle Époque, dessinant aussi des écoles et maisons populaires.
  • Vision : Défenseur de l’espace vert, il planifie les premiers squares urbains et avenues arborées.

André Janier (1901–1959) : la voix du théâtre

  • Parcours : Metteur en scène, acteur et professeur d’art dramatique, il crée dans l’entre-deux-guerres une école de théâtre qui formera la première génération d’acteurs professionnels locaux.
  • Ancrage : La tradition du spectacle vivant lui doit bien des impulsions visibles dans la vie culturelle montbéliardaise.

Montbéliard, carrefour et laboratoire de l’innovation

Cette mosaïque de figures célèbres ou discrètes compose une partition foisonnante où chaque domaine — lettres, sciences, industrie, innovations sociales — s’entrelace. Montbéliard y révèle ce qui fait sa force : une capacité rare à fédérer la diversité, un goût assumé pour la modernité, mais aussi une fidélité à sa tradition d’expérimentation.

  • Polyglotte par nécessité : Située entre France, Suisse et Empire germanique, Montbéliard a produit plus de traducteurs d’ouvrages humanistes par habitant que n’importe quelle ville franc-comtoise au début du XIXe siècle (source : L’Humanisme en Franche-Comté, Cahiers d’Études Comtoises, 2006).
  • Sciences et sociétés : Les sociétés de lecture et d’émulation y étaient particulièrement florissantes dès le XVIIIe siècle, préfigurant les clubs scientifiques et l’esprit critique qui anime encore aujourd’hui ses habitants.
  • Place des femmes : La proportion de femmes instruites y dépasse la moyenne nationale dans la première moitié du XXe siècle, grâce à l’engagement conjugué de la bourgeoisie protestante et des institutions de la ville (source : Étude « Écoles et élites féminines en Franche-Comté », Université de Besançon, 2012).

Transmission, héritage et nouveau souffle

Du prince innovateur à l’industriel visionnaire, du savant de la Renaissance à l’artiste humaniste, chaque grande figure de Montbéliard porte et prolonge un sens aigu de l’émulation intellectuelle. Cette tradition, faite d’accueil, de contrastes, de circulation des idées et des talents, demeure un moteur essentiel dans la dynamique contemporaine du territoire. Aujourd’hui, ces énigmes familières à travers rues, musées et institutions invitent toutes les générations à réinventer Montbéliard, à leur tour, au fil de leurs propres inspirations.

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